How Do Social Workers Cope with Hopeless Missions and Dirty Work? A Biographical Approach to Class and Gender Variations
Published in Qualitative Sociology, 2026
Résumé (traduction française) Cet article porte sur le travail des curateurs et curatrices professionnel·les en Suisse. Fonctionnaires, le plus souvent travailleurs et travailleuses sociales diplômé·es, ils et elles sont chargé·es de mettre en œuvre des mesures de protection (« safeguarding ») en faveur d’adultes considérés comme vulnérables. Ce travail peut être appréhendé comme un « sale boulot ». Les professionnel·les doivent fournir une aide imposée à des personnes souvent non consentantes. Ils et elles accomplissent des tâches coercitives jugées moralement discutables. Par ailleurs, les curateurs et curatrices interagissent avec des personnes stigmatisées, ce qui peut les exposer à un risque de contamination par le stigmate. Enfin, il leur est confié la prise en charge de personnes « non placables », qui ont souvent épuisé toutes les autres formes de soutien privé ou institutionnel. L’article explore la manière dont les curateurs et curatrices font face à ce « sale boulot ». Nous distinguons deux modes idéal-typiques d’ajustement, qui dépendent des socialisations de classe et de genre et des trajectoires de mobilité sociale. La première stratégie consiste à investir massivement les normes de sollicitude, et à présenter ainsi la curatelle comme un travail moralement noble. Elle est principalement adoptée par des femmes qui ont intériorisé une éthique du care. Elles s’engagent profondément dans la relation avec les personnes placées sous leur protection, y trouvent une satisfaction personnelle, tout en accomplissant un important travail émotionnel. La seconde stratégie privilégie l’application des normes juridiques et l’exécution des tâches administratives. Ces professionnel·les, bien qu’il puisse s’agir de femmes, ont développé des dispositions typiquement associées à la masculinité, comme un rapport positif à la coercition. Cette stratégie leur permet de légitimer et de revaloriser leur travail. En évitant en partie le « sale boulot » émotionnel auprès des usager·ères, ils et elles se protègent aussi des divers stigmates associés aux populations « indésirables ».
Abstract This article looks at the work of legal guardians in Switzerland. They are civil servants, typically qualified social workers, responsible for implementing protective measures (“safeguarding”) for adults considered vulnerable. This work can be understood as “dirty work.” Professionals must provide imposed help to individuals who are often non-consenting. They carry out coercive tasks that are considered morally questionable. Furthermore, guardians interact with stigmatized individuals, which can expose them to the risk of stigma contamination. Finally, they are entrusted with caring for “unplaceable” individuals, those who have often exhausted all other forms of private or institutional support. The article explores how legal guardians cope with this “dirty work.” We distinguish two ideal typical ways of coping, which depend on class and gender socialization, and social mobility patterns. The first coping strategy involves extensively investing in the norms of solicitude, thereby framing guardianship as morally noble work. This approach is primarily adopted by women who have internalized an ethic of care. They engage deeply in relationships with the individuals under their protection, finding personal satisfaction in their work while performing significant emotional labor. The second strategy prioritizes the application of legal norms and the execution of administrative tasks. These professionals, although they can be women, have developed dispositions typically associated with masculinity, such as a positive attitude to coercion. This strategy allows them to legitimize and revalorize their work. By partially avoiding the emotional “dirty work” with service users, they also shield themselves from the various stigmas associated with “undesired” populations.
Pour citer ce texte : Agnès Aubry, Marlène Bouvet, Lucile Quéré, David Pichonnaz, « How Do Social Workers Cope with Hopeless Missions and Dirty Work? A Biographical Approach to Class and Gender Variations », Qualitative Sociology, juillet 2026. doi: 10.1007/s11133-026-09636-1.
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